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Réfugiés syriens à Porto-Vecchio : « C’est l’amitié qui m’a poussé à faire cela » raconte le skipper allemand


Julia Sereni le Vendredi 5 Novembre 2021 à 16:34

Deux jours après le sauvetage de dix réfugiés syriens à Porto-Vecchio, Fritz Demmer, le skipper qui conduisait le bateau, raconte son histoire. Celle d'un geste d'amitié et d'humanité envers une famille en détresse.



Fritz Demmer dans les salons d'un hôtel ajaccien. Photo : Michel Luccioni
Fritz Demmer dans les salons d'un hôtel ajaccien. Photo : Michel Luccioni
C’est d’une voix tranquille que Fritz Demmer raconte son histoire. Pourtant, le skipper allemand se retrouve sous les feux de l’actualité insulaire depuis que le voilier qu’il conduisait a accosté, il y a deux jours, dans le port de Porto-Vecchio, avec une famille de réfugiés syriens à son bord. Attablé dans les salons de l’hôtel Ibis Styles d’Ajaccio, le septuagénaire savoure son cappuccino, à défaut de goûter la quarantaine imposée par les autorités, pour des raisons sanitaires. Fritz Demmer a toutefois de quoi être soulagé, puisque c’est libre et sans aucune poursuite retenue à son encontre qu’il est sorti, la veille, de sa garde à vue dans les locaux de la gendarmerie.

« Ils avaient besoin d’aide. »

« C’est l’amitié qui m’a poussé à faire cela », précise-t-il d’emblée. « Ils sont tous de la même famille, et ce sont de bons amis depuis longtemps. » C’est par l’intermédiaire de son épouse, interprète, que Fritz Demmer a rencontré Ahmed, le père de la famille syrienne. S’ils ne parlent pas la même langue, l’amitié nait immédiatement entre eux, selon le septuagénaire. « Quand on est amis, on n’a pas besoin de parler, on se comprend », assure-t-il. Fritz Demmer est touché par sa détresse. « Il était un grand cadre en Syrie, il avait une très bonne vie et du jour au lendemain, il a tout perdu, sa famille a été envoyée en Turquie. Tout son monde s’est écroulé », raconte-t-il.

« La situation en Turquie devenait de pire en pire pour eux, ils étaient attaqués dans la rue. Ils avaient besoin d’aide. » C’est pourquoi Fritz Demmer décide, après deux semaines passées à Istanbul en famille, de louer un voilier pour ramener ses amis vers la France. « Ensuite, leur famille devait venir les chercher pour les ramener en Allemagne » confie le skipper.

« Je le referai encore pour un ami »

Mais la traversée ne s’est pas déroulée comme prévu. « C’était un concours de circonstances très défavorable. Il y a eu des vents contraires et nous sommes tombés en panne », relate Fritz Demmer. Le voilier se retrouve au large de Porto-Vecchio, sans eau ni carburant. « Le vent est devenu très fort, tout le monde était malade dans le bateau. J’ai vu les bateaux des gardes maritimes, alors j’ai demandé de l’aide », poursuit-il. La famille et le skipper sont finalement ramenés au port de Porto-Vecchio, où ils ont été « bien accueillis » par les secours et les autorités.

À ce jour, Fritz Demmer ignore le sort qui sera réservé à ses amis (NDLR : ils sont partis en avion pour Marseille ce vendredi). De son côté, il regagnera l’Allemagne, dès sa quarantaine de dix jours terminée. « Je ne peux plus rien faire, j’ai essayé de les aider. » Mais il veut rester optimiste : « La situation pour eux sera toujours meilleure qu’en Turquie. » Ce qui est certain, c’est qu’il ne regrette pas son geste. « Je le referai encore pour un ami. Je crois que ce que j’ai fait est bien. »